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Le blog perso-pro d'un Net-entrepreneur

L'Euro finira probablement par se fracasser sur le mur de la réalité

Publié le 1 Février 2014 par Pierre Chappaz in Euro, Europe

L'Euro finira probablement par se fracasser sur le mur de la réalité

Dans un billet récent , je vous rendais compte du dernier livre de Lee Kuan Yew, le fondateur de Singapour, « One man’s view of the world ». A l’approche des élections européennes, le point de vue de ce sage asiatique mérite qu’on y revienne.

Quelle est son analyse sur l’avenir de l’Euro ? Malgré l’accalmie actuelle, il pense - et je partage son avis - que les causes de la crise ne sont pas réglées. Les pays du Sud n’ont pas réellement réduit l’écart de compétitivité avec l’Allemagne, malgré les baisses de salaires, ni réformé leurs Etats-providence, ni même libéralisé leur marché du travail.

A titre personnel, j'aime bien l'euro : c'est pratique d'avoir la même monnaie quand on se déplace d'un pays à un autre. Pour mon entreprise aussi, cela nous simplifie la vie, puisque nous sommes présents dans les grands marchés européens que sont l'Italie, l'Espagne, l'Allemagne, et la France (mais aussi en Grande-Bretagne et aux US). Mais cela ne m'empêche pas de m'interroger: si la divergence économique entre l'Allemagne et le Sud de l'Europe continue, ces derniers ne sortiront pas du chômage de masse, et ne pourront pas emprunter éternellement. Quelque chose doit changer, le statu quo n'est pas possible.

Lee Kuan Yew considère qu’il y a trois scenarios possibles. Le premier : les européens choisissent la voie d’une intégration fiscale, avec un ministre des finances unique et de véritables transferts budgétaires, comme c’est le cas aux Etats-Unis. Une perspective que les européistes enthousiastes, dont beaucoup de libéraux, appellent de leurs vœux. Le leader singapourien n’y croit pas une seconde, et je suis entièrement d’accord avec lui. D’une part la tendance n’est pas à augmenter le budget européen, qui est limité. Surtout, les peuples ne sont pas prêts à faire confiance à Bruxelles pour collecter, puis redistribuer les ressources à tel ou tel pays dans le besoin. Il y a déjà eu tellement d’abus dans la distribution des fonds européens…

L’Europe n’est pas une Nation

A la différence des Etats-Unis, l’Europe n’est pas une Nation. Même vu d’Asie, on s’aperçoit vite que la solidarité européenne est un mythe.

Le second scenario, c’est un éclatement de l’euro. Retour aux monnaies nationales, accompagné de fortes dévaluations, avec le danger de panique bancaire, et des dettes en euros encore plus lourdes à rembourser. Selon le dirigeant de Singapour, après une période de dislocation, qui provoquerait sans doute une récession mondiale, les choses finiraient par se calmer. Il souligne le fait que la Grande-Bretagne, restée maître de son destin monétaire, s’en sort plutôt bien. J’en dirais autant de la Suisse ou je vis.

Finalement, c’est un troisième scenario qui a ses faveurs : celui de la création de deux euros. Celui du Nord, rassemblant l’Allemagne, la Hollande, le Luxembourg et la Belgique ; et celui du Sud, pour les pays du « Club Med » et la France. Ce scenario intermédiaire supposerait un niveau de coopération accru entre les pays concernés, bien difficile à obtenir. On peut aussi douter de la solidité d’un tel attelage entre France, Italie, Espagne, Grèce et Portugal. La fin de l’Euro pourra-t-elle être gérée de manière organisée ?

Quoi qu’il en soit, je partage l’avis de Lee Kuan Yew : le projet politique qu’a été la monnaie unique finira probablement par se fracasser sur le mur de la réalité.

L’intégration européenne est impossible. L’histoire des nations, la diversité des langues, la gloire et la littérature, s’y opposent, au moins autant que l’économie. Soyons donc aussi lucides que le leader singapourien : L’Europe ne disputera pas le leadership mondial à la Chine et aux Etats-Unis. Ce n’est pas un drame.

N’abandonnons pas la question de l’après-Euro aux extrêmes. On peut être libéral sans être jusqu’au-boutiste européen.

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